Un mal, des mots
Retour sur un mal chronique qui ronge la communication de l'univers des technologies de l'information (IT) depuis plusieurs années...
Depuis hier, j'ai la joie et le bonheur de posséder un téléphone portable de troisième génération - 3G ou UMTS, comme on veut. La découverte des fonctions de cette bestiole m'a troué (oups) stupéfait. Clic, voilà la liste des distributeurs de billets à proximité de l'endroit ou je me trouve ! Paf, la télé en direct... DINGUE ! J'hallucine ! Enfin des vraies fonctions nouvelles, utiles, sur un téléphone !
Une fois passée la première surprise, le me dis : "comment se fait-il que la pub ne me bassine à longueur de journée avec ces trucs ?"
D'un coup, je repense à la campagne de pub Siemens que nous avons "commise" en septembre 2000 :
on annonçait le multimédia mobile. Rien que ça... En SEPTEMBRE 2000. Vous vous souvenez ? Au moment où un opérateur téléphonique français de grand renom international nous expliquait que M. X gérait toute son usine depuis son mobile grâce au wap...(et pis quoi encore ?). Nous sommes juste 4 ans et demi plus tard... L'UMTS fait ses premiers pas.
Me vient ensuite à l'esprit la brochure de PeopleSoft (un client de Singapour jusqu'à très récemment...) qui pendant des années m'a fait marrer : 8 fois (huit !) en 4 pages, cette brochure, directement adaptée de l'américain nous donnait du "leader mondial" pour des trucs aussi divers que :
- les ERP
- les logiciels de CRM pour les entreprises (de quoi faire rigoler Siebel)
- le support aux utilisateurs PeopleSoft eux même. Voilà. Je suis leader mondial de l'assistance à mes clients. C'est pas top, ça ?
- plus 5 autres du même tonneau que j'ai fini par oublier.
A force de sur-promettre. (Wahouuuuu, ce trop cool logiciel de comptes à la maison qui va me transformer ma vie que ce sera plus jamais pareil que comme avant tellement que je vais être cool avec mes pieds sur mon bureau, trop, trop bien - hého, c'est juste un logiciel pour faire ses comptes, hein !).
A force de se battre à coup de "leader mondial de mon marché à moi tout seul que y'a personne d'autre dessus, alors forcément, je suis leader".
A force de multiplier les effets d'annonce pour des nouvelles versions tellement plus incroyables que celle d'avant qu'était déjà de la balle, t'y crois pas.
A force d'user du Slideware (produit qui n'existera jamais que sur des slides) ou autre Vaporware (pipeau en français).
A force de mener la guerre des mots et des superlatifs (le "award winning" - maintes fois récompensé - exceed expectations, dépasse les standards de l'industrie, bref toutes ces traductions à deux balles que l'on se bouffe à longueur de body-copies, sites web, brochures, ...).
A force de tout ça, plus rien de veut rien dire. Plus aucun message n'est crédible. Alors, est-ce moi qui n'ai pas entendu que la 3G était une VRAIE rupture (j'allais dire révolution ! ! !) dans l'usage de la téléphonie mobile ou sont-ce les opérateurs et constructeurs qui n'osent plus dire simplement la réalité ?
J'ai envie aujourd'hui de remettre les compteurs des mots qui tuent à zéro. Comme dans les écoles de journalisme, avoir un gros crayon rouge et barrer d'un trait rageur tout superlatif non légitime. Séduire avec autre chose qu'un vulgaire hurlement. A force de brailler, plus personne ne s'entend.















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